La forfaiture de la convention

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15 mai 2012 par wirriyamu2011

Depuis près d’une semaine, le président du mali, le professeur Dioncounta Traoré a disparu des radars médiatiques. Quelques audiences par ci par là et puis c’est tout. Personne ne sait exactement en quoi consistent ses journées. Même la reine d’Angleterre, a des occupations officielles. Dioncounta n’en a pas.

Pendant ce temps, les deux autres acteurs de l’exécutif Malien : le PM aux pleins pouvoirs et le président du CNDRE ont ouvert un double front : l’un pour montrer que son gouvernement travaille (à quoi ? on ne sait pas mais il travaille) et pour passer des messages dont le vide sidéral est effrayant (séminaire gouvernemental pour donner les outils aux ministres ; « Il ne faut pas trop appeler à une intervention de la CEDEAO au nord (disait il aux élus du nord) »; je veux des cabinets ministériels de personnes neuves : des jeunes et des femmes (écartons tous les anciens bons ou mauvais)

Le second, le capitaine Sanogo est omniprésent, tantôt plaisantant et rigolant avec ses nouveaux amis Bassole et Bictogo, tantôt donnant une interview sur Africable avec en fond une télévision allumée passant des dessins animés et à coté de son canapé sa kalash. Le décor est complété par une photo quasi officielle du président du CNDRE avec le drapeau malien, comme si…. Ce décor, cette présentation au peuple, cette théâtralisation a un objectif : ne pas dire mais montrer qu’on est le chef. Toute son interview peut se résumer en « Je ne sais pas. Des institutions sont en places, c’est elles qui décident » mais en même temps, le décor disait autre chose « je suis le président de ce pays. Si je le décide, tout peut arriver. Ma parole est la plus importante ».

La seconde « Grande interview » du grand guide de la nation malienne sera plus offensive, car entre temps la CEDEAO s’était un peu agacée des blocages du Capitaine surla transition. Ainsi, il a annoncé purement et simplement la dissolution du corps des bérets rouges, oubliant qu’une telle décision devait au minimum relever du ministre de la défense (nommé dans le gouvernement de transition) et au maximum du PR (chef des armées). Devant le monde, devant le mali, Sanogo venait de montrer que ce qui le guidait avant tout, c’était un souhait de vengeance appuyé sur une rancœur qu’il partage avec la partie de la classe politique qui le soutient. Les discours, les argumentations construites et développées ici et là révèlent le sentiment de haine envers tous ceux qui étaient de près ou de loin proches de ATT et de l’ancien régime. Le Mali est divisé en pro et anti ATT. Soit tu es pour le peuple soit tu es pro ATT. Même le Millenium Challenge Account, qui a décidé de quitter Bamako, est traité de pro ATT contre le peuple (Article du journal info matin du 14 mai 2012)

Hier, après une journée de tension, on avait compris qu’on prenait le chemin d’une façon irrémédiable d’une convention nationale (intitulée « conférence nationale » 2 jours plus tôt par le parti Sadi). Mais personne ne voulait croire à pareille forfaiture de la part de Sanogo. Comment peut-il expliquer à 8 jours de la fin du mandat de Dioncounta qu’il allait organiser une convention nationale pour lui trouver un remplaçant?  Et pourtant, c’est ce qui est arrivé hier soir quand Sanogo a demandé au [PM] d’organiser une convention avec toutes les forces vives de la Nation, sans exclusion aucune » dans une formulation qui ne dit rien de clair mais qui mélange des mots entendus ça et là. Plus loin, il nous annonça sans rire que « Cette convention serait placée sous la haute présidence » du chef de l’Etat par intérim Dioncounda Traoré, et aura pour principal objectif « le choix du président de la transition, c’est-à-dire l’homme ou la femme (…) qui sera, nous osons l’espérer, une solution » au blocage politique au Mali. Je ne savais pas que Sanogo considérait que la présidence de Dioncounta pouvait être haute. Et, en réalité, si elle l’était, ce serait à Dioncounta de faire le discours convoquant ou demandant une convention. Ce serait à lui d’annoncer au peuple malien les décisions prises par ses autorités. Ce serait à lui de demander au peuple de le suivre sur un chemin ou sur un autre. Au lieu de quoi, c’est un autre illégitime qui s’en charge !

La déclaration de Sanogo, comme son comportement, est un défi au bon sens et à la compréhension humaine. Le mali est un pays aujourd’hui  occupé par des bandes armées au nord. Sa classe politique est à peu près aussi divisée que son armée. Le peuple lui-même est tellement meurtri qu’il ferme les yeux sur la perte progressive de sa dignité. Pourquoi ne pas accepter que l’intérimaire poursuive son rôle à la tête du Mali ? Dans la forme, en tant que tel, ni le CNDRE ni Sanogo n’ont aucun droit de demander au premier ministre de poser tel ou tel acte. Son rôle était censé être défini lors de cette transition (que Sanogo veut tuer dans l’œuf) et si cette logique est appliquée jusqu’au bout, le premier ministre, dans l’intérêt supérieur de la nation doit se prononcer clairement contre l’organisation d’une telle convention. Ceci pour une raison essentielle, les conditions matérielles ne sont pas réunies : quels critères pour désigner les participants, quels acteurs (ceux de Ouaga ? on a entendu des personnes dénoncer comment les partis pro putsch ont fait des petits afin de multiplier les représentants à Ouaga), quelle durée ?, comment faire présider une telle convention par Dioncounta (c’est ce que Sanogo annonce) alors même qu’elle est censée lui trouver un remplaçant ? Comme est ce possible ?

 Il n’y aucune honte à se montrer courageux et à échouer devant plus téméraire et plus fort que soit. En revanche, les autorités civiles qui ont été réinstallées doivent se montrer vraiment courageuses pour, chaque jour, gagner sur Sanogo et sa bande. Il leur revient, parce qu’ils ont accepté de venir servir le pays dans un moment aussi terrible, de tout mettre en jeu, y compris leur vie, pour arrêter Sanogo. Si le PM et le PR, d’une seule voix, refusent cette convention nationale, eh bien je pense qu’elle ne se tiendra pas. Le dernier espoir est de croire en une union des civils pour contrer Sanogo mais cet espoir est mince. On se rappelle du silence incroyable de ces autorités pendant la guerre des bérets : aucun mot, aucune déclaration ! Beaucoup me diront qu’une alliance Dioncounta, CM Diarra est impossible. C’est aux chefs d’Etats ouest africains de la susciter et de l’encourager. Elle seule peut chasser Sanogo (à part la force des armes)

 Et nous revoilà assis à écrire sur la gestion d’un coup de sang de jeunes militaires. Sur le devenir institutionnel du Mali pendant que au nord, des salafistes incultes et profondément irrespectueux s’installent. Ils veulent d’abord humilier les populations, en faire des esclaves de leur cause. Les réduire à des choses obéissantes à leurs ordres. A ces ambitions irréelles, des jeunes gens sans armes et sans rien d’autre que leur dignité et leur courage ont osé s’opposer. Ils ont osé dire non à ces gens qui n’ont certainement pas imaginé qu’un jour, ils auraient à faire du maintien de l’ordre dans les régions qu’ils occupent. Non le malien n’est pas résigné. Le Malien attend juste que le salafiste arrive dans sa cour pour se réveiller. Et comme ils sont loin de kati et que sanogo boit son thé tranquillement, rien ne se  passe.  

 

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