De l’usage de la confusion par la CEDEAO

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28 avril 2012 par wirriyamu2011

La CEDEAO est elle en passe de venir une institution adepte de la confusion et du flou ? La question mérite d’être posée suite aux interprétations qui sont faites du communiqué final du sommet extraordinaire du 26 avril 2012.

En effet, l’analyse présentée par certains journaux (exemple fraternité matin : http://www.courrierinternational.com/une/2012/04/27/la-cedeao-envoie-des-troupes-au-mali-et-en-guinee-bissau) et les propos tenus par des participants aux sommet (http://www.leparisien.fr/flash-actualite-monde/mali-guinee-bissau-l-afrique-de-l-ouest-annonce-l-envoi-de-forces-militaires-26-04-2012-1973213.php) sont relativement éloignés du texte du communiqué final. En synthèse, les décisions du sommet seraient les suivants selon ces commentaires :

  • Prorogation de la durée de la transition à 12 mois (au lieu de 40 jrs prévus) ainsi que du mandat des institutions (PR et PM)
  • Mise en garde sévère à la junte et demande de retour dans les casernes
  • Déploiement de troupes CEDEAO pour sécuriser la transition et éventuellement intervenir au nord (en cas d’échec des négociations)

Kadré D. Ouédraogo. (président de la commission de la CEDEAO) va même plus loin en détaillant le séquencement : « On attend les négociations d’abord. Le premier contingent sera un contingent de maintien et de sécurité de la transition, mais il n’est pas exclu que des unités combattantes soient envoyées plus tard »

Cette interprétation des décisions du sommet a fait vivement réagir du coté de Bamako. Il est en effet, et c’est normal, totalement incompréhensible et absolument hors de propos que la préoccupation première de la CEDEAO soit de s’occuper du sort du CNDRE et des acteurs de la transition. Les décisions de la CEDEAO ont achevé de mettre le Mali sous tutelle en prolongeant d’office la transition  et en prononçant de fait la dissolution du CNDRE, dont les membres sont sommés de rentrer dans les casernes. Il était prévu par l’accord cadre paraphé par la CEDEAO et le CNDRE, que ces deux acteurs s’associent pour décider de la suite à donner aux 40 jours d’intérim prévus dans la constitution.

La première conclusion est donc qu’à minima la CEDEAO a signé un accord qui  a organisé un retour partiel à la constitution et qu’elle vient, voyant qu’elle n’y avait plus intérêt, de violer allègrement. Il s’ajoute à ce viol un autre viol commis par une interprétation biaisé du communiqué final qui ne semble pas relever de la maladresse tant elle est répétée par tous. Comme dirait Le blogueur O.Pepin « Les maliens ont plus besoin de forces armées pour rétablir leur territoire et non pour contrôler ou sécuriser une transition politique. Les maliens qui meurent ne sont pas le fait de la transition, mais le fait des bandes criminelles qui les tuent »(http://waraba.wordpress.com/2012/04/27/commentaires-de-ollo-pepin-sur-la-declaration-de-la-cdeao/)

La méthode de la CEDEAO est pour le moins cavalière notamment parce qu’elle intervient dans un climat où une partie des maliens critiquent la mainmise de certains présidents ouest Africains sur le nouveau gouvernement. La classe politique a été exclue du gouvernement et a été remplacée par des technocrates qui connaissent plus les palais présidentiels d’autres pays que le quotidien des maliens.

La lecture du communiqué final est néanmoins édifiant et soit nous ne savons pas lire entre les lignes, soit nous ne comprenons pas bien français. L’accord dont le texte a été mis en ligne sur http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/communiqu-final-du-sommet-extraordinaire-des-chefs-d-etat-et-de) fait mention explicite de la prorogation de la transition et du mandat de ses institutions (article 11), mais adresse également des demandes fermes au CNDRE (Article 14 : « …A cet égard la Conférence demande aux membres du CNRDRE de retourner dans les casernes et de se consacrer à leur mission régalienne de défense du territoire » et 15 : « La Conférence met en garde le CNRDRE que ses membres qui commettraient désormais toutes actions arbitraires et unilatérales seront passibles de sanctions individuelles ciblées »). Ces dispositions ne sont aucunement contestées si ce n’est dans la forme qui est cavalière et un brin paternaliste.

 

 Les divergences de perception viennent du déploiement de la force de la CEDEAO. Tout d’abord, rappelons que cette force est mentionnée uniquement dans une partie intitulée : « Sur la rébellion au nord Mali » qui nous fait dire que les dispositions qui vont y être présentées portent sur ce sujet. Dans cette partie, la CEDEAO dénonce à nouveau l’occupation illégale du territoire malien ainsi que les exactions commises à cette occasion. Puis affirme à l’article 21 que « Les Chefs d’Etat et de Gouvernement décident de prendre toutes les mesures nécessaires visant à assister le Mali dans le rétablissement de son unité et de son intégrité territoriale. A cet égard, les Chefs d’Etat et de Gouvernement instruisent la Commission de commencer, avec effet immédiat, le déploiement de la Force en Attente de la CEDEAO conformément au mandat approuvé ». L’analyse de ce texte nous fait dire que l’objectif de cette force est d’aller dans le nord si nécessaire mais pas d’assurer la sécurisation et le soutien aux institutions de transition, éventuellement contre le CNDRE. Si jamais c’était le cas, alors il faudrait être plus clair.

A quoi joue donc la CEDEAO et ses dirigeants ? Comment peut elle écrire une chose en dire une autre surtout dans une situation déjà suffisamment confuse ? Actuellement à Bamako et ailleurs, on est circonspect et peut être agacé par ce manque de clarté  et de volonté d’aller là où les problèmes se posent : au nord mali. On se demande s’il n’est pas dans l’intérêt des uns et des autres que la situation à Bamako soit confuse. A suivre donc mais il revient d’accord à la CEDEAO de rassurer les maliens et les autres africains.

 Nous restons attentifs à toute interprétation différente et espérons une clarification de la CEDEAO sur le véritable mandat de la force qui sera déployée au Mali.

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