Sanogo, le rumeurologue

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19 avril 2012 par wirriyamu2011

L’ambiance qui règne à Bamako n’a rien de surprenant quand on s’attarde sur la propagande du CNDRE et de ses partisans.

Ainsi tout commence par des rumeurs savamment distillées : il parait que…, il semble que…on a entendu que…

La première de ces rumeurs, la plus grosse est celle qui a fait dire que le CNDRE était tombé sur des dossiers très très compromettants pour le président ATT. Parmi ceux-ci, il y aurait notamment le fait qu’il a été découvert sur son téléphone un appel (récent des rebelles touarègues). Je ne sais pas en quoi cela est un  crime. Je rappelle qu’hier le président du haut conseil islamique disait qu’il avait eu Iyad Agaly au téléphone alors qu’il rentrait dans Kidal, on l’arrête aussi pour trahison ? Jusqu’à ce jour aucun de ces dossiers ne sont sortis. Et pourtant, la presse, tout à son professionnalisme, continue à accuser ATT de tout et de rien.

Les autres rumeurs tournent autour des liens d’argents improbables entre certains acteurs politiques et les rebelles dans un schéma qui n’a ni tête ni queue. La technique est simple : la rumeur est distillée incidemment. La presse la relaie et quand le fruit est mûr il n’y a plus qu’à le cueillir. Ainsi en a t il été des dernières arrestations procédées en dépit du retour à l’ordre constitutionnel. Pendant près de 24 heures, c’est sur internet que le sens de ses arrestations a commencé à être donné : « il parait que, non c’est trop grave !… Il parait que certains ont voulu tuer le Capitaine Sanogo et surtout prendre le pouvoir pour donner le pays à leurs amis et soutiens rebelles. C’est la bande à ATT ! »: le clan comme on l’appelle dans la presse Bamakoise.. Il faut le dire aujourd’hui  Bamako vit dans une marre de rumeurs et de supputations destinées à faire croire à la population qu’ une partie de sa classe politique est coupable du péché de traîtrise. Ceci sans en apporter la preuve. Ainsi en est il de cette couverture qui analyse la situation politique en imaginant un deal secret qui permettrait le maintien du clan au pouvoir (sous entendu le clan ATT) (http://www.info-matin.info/journal/journal.pdf). Le titre même de cette couverture « Transition, le plan secret du clan » est à l’image de beaucoup d’écrits ces derniers jours à Bamako : inquiétant et de nature à susciter la paranoïa des uns et des autres.

Mais la rumeur ne suffit pas à dé crédibiliser totalement les adversaires de la junte, il faut les traiter, leur monter que Sanogo reste le seul maître du mali et qu’ils ne pourront pas continuer à faire ce qu’ils font (voler de l’argent, comploter avec des rebelles…). On rentre alors dans une phase plus brutale de la machination de Sanogo qui consiste à faire croire que le texte de l’accord cadre CEDEAO-CNDRE  lui donne une place prépondérante voire supérieure à celle du président de la transition. Ils’en est ainsi expliqué longuement à la télévision dans un show qui a marqué les maliens et ce dès le soir du 6 avril (date de la signature de l’accord). Dans cette explication en langue locale, où les mots ont un sens, Sanogo s’est évertué à dire à son peuple qu’il était désormais celui qui allait désigner le PM, que lui (et son égal) la CEDEAO avaient décidé de revenir à l’ordre constitutionnel et que dans tous les cas, il reste en place pour surveiller la mise en œuvre de l’accord mais aussi pour décider de la suite après les 40 jours. Ceci est relaté avec forces détails dans l’article du journal le matin (http://www.info-matin.com/index.php/actualite11/2017-accord-cadre-de-la-transition-le-capitaine-sanogo-met-le-point-sur-les-i)

C’est à ce moment, à mon avis que Sanogo a basculé dans sa stratégie de contournement  de l’accord cadre. Aucune analyse sérieuse ne peut dire que l’accord Cadre lui accorde une place prépondérante. Le CNDRE est cité dans le préambule et dans 3 articles. Dans le préambule, il est décrit, naturellement comme signataire. La seconde citation est celle de l’article 2 qui lui donne la capacité de déclencher le processus de vacance du pouvoir prévu à l’article 36 de la constitution. Cerôle est un rôle confié au CNDRE en lieu et place du premier ministre à qui cette charge revient selon la constitution du Mali. Il est donc important de souligner que par cette disposition, le CNDRE a été positionné comme institution référente dans une situation de vacance du pouvoir. Toutefois, et si on veut appliquer le parallélisme, le premier ministre, une fois le processus de vacance déclenché reste en retrait voire remet sa démission au nouveau président une fois celui-ci investit. Nous n’allons pas jusqu’à dire que cet article devrait annoncer la dissolution du CNDRE mais il est à noter que le rôle technique du CNDRE n’en fait pas un rôle prépondérant une fois le processus lancé, quoi qu’en dise Sanogo et ses amis.

Ensuite, le texte confie aux organes de transitions le soin de définir le « rôle et la place des membres du CNDRE » dansla transition. Atout le moins, on peut en déduire que le positionnement du CNDRE n’est pas tranché dans l’accord dont le silence ne doit pas empêcher de mettre en œuvre la réalité du retour à l’ordre constitutionnel. Un ordre constitutionnel normal est un ordre où (1) aucun organe quelque soit sa situation et son apport à la nation, n’est au dessus des autorités de la République et (2) les règles normales de droit s’appliquent. Sanogo ne l’a pas interprété ainsi, il considère que le CNDRE est à part dans une république parallèle qui aurait son siège à Kati et qui vivrait de sa propre vie. Notre souhait est que pour plus de simplicité le CNDRE soit dissout simplement et clairement.

Enfin, l’article 8 indique qu’il revient au CNDRE de mettre en œuvre cet accord, conformément à ses engagements, SOUS L’EGIDE, du médiateur de la CEDEAO avec l’appui de la communauté internationale  trois articles : en tant que signataire. Ce dernier article n’indique pas que le CNDRE doive veiller, au dessus, des autres à l’application de l’accord mais qu’il doit tenir ses engagements le plus fidèlement possible.

Je préfère ne même pas évoquer l’amnistie que s’est empressé de demander Sanogo tant elle parait incohérente avec son souhait de faire respecter la loi dans son pays. Un des reproches principaux fait à ATT est celui d’être faible en matière de justice, et pourtant un des souhaits les plus ardents du CNDRE, c’est de se mettre à l’abri de la justice pour toujours. Il faut que les maliens se rendent compte de la fumisterie qui est en cours. Sanogo pourrait commettre des crimes économiques que personne ne pourrait rien lui dire (de fait, il en commet déjà en manipulant les deniers de la douane à sa guise). C’est cela le sauvetage du mali.

Sanogo ne peut donc continuer à être tous les pouvoirs en même temps : exécutif, législatif et maintenant judiciaire. Nous avons été quelques uns à exiger de la classe politique malienne un esprit de sacrifice pour qu’une solution soit trouvée à la crise politique. Chacun a fait sa part. Au moment même où nous estimions que nous étions en train d’avancer, Sanogo a décidé qu’il voulait montrer ses muscles et se débarrasser d’un certain nombre de responsables politiques. Des arrestations opérées dans la plus grande confusion accompagnées de rumeurs les plus folles. Dioncounta aurait donné son accord après avoir vu les preuves accablantes. Il dira plus tard qu’il n’en était même pas informé. Deux jours après, nous allions voir ce que nous allions voir. La rumeur qui courait dans tout Bamako et ailleurs était étayée et précisée : il s’agit d’un complot visant à assassiner le Capitaine Sanogo, à écarter Dioncounta et à s’accaparer le pouvoir. Ceci bien entendu avec la complicité des rebelles (car sans trahison les accusations de coup d’Etat ne seraient pas sérieuses). Pour preuve, on a retrouvé des armes neuves chez les comploteurs. Preuve dont personne ne peut attester qu’elle a été trouvée chez les personnes arrêtées sauf bien sûr la gendarmerie, devenue aile marchante du CNDRE.

Il n’est pas possible de construire un pays en misant sur sa division. Le CNDRE a tout misé sur la division des maliens et sur leurs ressentiments, dont nous n’avons pas suffisamment mesuré l’ampleur, envers une partie de sa classe politique. Ces ressentiments qui font craindre le pire car dès lors qu’on juge normal que certains « souffrent aussi un peu » juste parce qu’on les accuse d’être à l’origine de certaines souffrances, eh bien c’est le règne de la vengeance. Et cela risque de détruire le mali plus vite que la guerre !

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